L'interview du mois de Mars
Hormis le prologue raté, quel extraordinaire Paris-Nice…
J'avoue que j'avais cette course dans la tête depuis cet hiver. Je voulais vraiment me montrer. Mais de là à faire tout ce que j'ai fait, je n'osais honnêtement pas l'imaginer. C'est vraiment super !
L'attaque du lundi était-elle préméditée?
Je voulais absolument me faire voir sur ce Paris-Nice, mais pas forcément dès les premiers jours. Cela dit, je ne voulais pas rester sur une déception comme ce fut le cas la veille, lors du prologue que j'ai loupé à cause de la pluie qui est tombée dix minutes… Le temps de mon passage. Apparemment, sur temps sec, j'aurais d'ailleurs réalisé un bon temps. Alors lorsque l'ouverture s'est présentée, le lendemain, j'ai saisi ma chance. Et voilà comment nous avons fait plus de 100 km en tête, avec Augé.
L'écart fut important pendant longtemps. Avez-vous cru pouvoir aller au bout ou saviez-vous que Tom Boonen allait faire rouler ses hommes?
Honnêtement, je n'y ai pas vraiment cru. Cela dit, il y a toujours cette part de doute qui fait que à certains moments, on se dit pourquoi pas. Mais sur une course Pro Tour comme Paris-Nice, les équipes ne font pas souvent d'erreur. Surtout celle de Boonen d'ailleurs. Alors quand le peloton est revenu sur nous à 10 km de l'arrivée, je n'étais pas vraiment surpris.
Tu aurais même pu endosser le maillot à pois dès lundi?
En effet. Et le fait de l'avoir loupé a été une déception d'autant plus grande que je l'avais dans les jambes. Mais bon, j'ai fait une erreur en mettant trop gros dans la bosse et en partant de trop loin. Cela dit, j'ai eu ma vengeance ....
C'est donc grâce à toi que Nicolas Crosbie a tenté sa chance le lendemain?
Eh bien oui. Mon échappée lui a donné envie d'avoir les mêmes retombées. Je lui ai dit qu'il en était capable aussi, et le lendemain, il a tenté sa chance. Lui aussi est passé près de l'exploit. Sans une fringale, il allait peut-être au bout.
Et le lendemain, te revoilà à l'attaque. Comment cela s'est passé?
Nico avait le maillot à pois sur les épaules et on voulait vraiment le garder. Pour cela, il ne fallait pas qu'un autre coureur passe en tête lors des GPM de la journée. Nico devait les faire mais l'allure rapide des premiers kilomètres et surtout les efforts fournis la veille lors de son échappée ne lui on pas permis de faire les sprints en haut des bosses. Alors notre directeur sportif, Denis Leproux, m'a demandé d'essayer de grappiller quelques points. Je suis alors passé en tête lors des deux premiers GPM et sur mon accélération, une cassure s'est faite. C'était l'échappée du jour. J'étais vraiment dans un grand jour et j'en ai profité pour engranger un maximum de points. La sélection s'est faite par l'arrière et dans le final, nous n'étions plus que trois coureurs en tête. Un grand souvenir.
Tu t'es alors retrouvé en concurrence avec ton compagnon de chambre pour le maillot à pois. Vous en avez parlé le soir? Qu'avez-vous convenu exactement?
Nico savait que c'était grâce à moi qu'il avait encore le maillot sur les épaules. Mais compte tenu de mon grand nombre de points et de ma belle forme, je pouvais moi aussi prétendre le prendre. Alors je lui ai dit que compte tenu du départ, le lendemain, au pied du col de la République, il n'y aurait pas de guerre entre nous. S'il avait les jambes, ce serai à lui de suivre les meilleurs puisqu'il portait le maillot. S'il ne les avait pas, je saisirai l'opportunité. C'est ce qui s'est produit...
Et tu passes en tête du col de la République et devient leader virtuel. Comment s'est passé ce sprint ?
Notre principal adversaire pour le maillot était Leblacher, la consigne était de ne pas le quitter lors de l'ascension. Aussi, lorsqu'il a attaqué et que Nico n'a pas pu suivre, moi, j'ai bouché le trou. Ensuite, je n'ai pas roulé avec lui pour défendre le maillot et sur le sommet, je l'ai logiquement dépassé. A partir de là, c'est moi qui devenais leader du classement. Après le GPM, je n'ai pas voulu insister car je ne me sentais pas trop capable de refaire 150 kilomètres devant, alors que nous avions encore trois jours de course difficile. Je suis plutôt un coureur qui gère, car mon objectif premier est de finir les grandes courses à étapes. Je déteste abandonner, ça me laisse un goût d'inachevé. D'ailleurs, là, cela aurait été dommage.
Mais tu es tombé sur un Moncoutié en grande forme...
En grande forme et surtout très motivé par ce maillot qu'il avait ramené à Nice l'année dernière. Il est vraiment très fort, c'est un super grimpeur. Je n'ai donc pas de regret. Même si j'avais de bonnes jambes le dimanche. J'ai bien essayé d'aller prendre des points dans l'une des premières difficultés du jour, mais Moncoutié a contré. Rien à dire…
Les leaders de l'équipe Agritubel sont-ils en forme ou encore en deça de ce qu'on attendait d'eux? Finalement n'est-ce pas toi, encore, le meilleur coureur de l'équipe Agritubel en ce début de Paris-Nice?
Les Espagnols ne sont effectivement pas encore au top de leur forme. Mais ce sont des coureurs qui sont généralement présents en fin de saison, il est donc logique de ne pas les voir encore à leur meilleur niveau. Pour ma part, j'avais préparé ce début de saison, il est donc logique que je sois en bonne condition. C'est vrai d'ailleurs que l'on peut considérer que je suis l'un des meilleurs coureurs de l'équipe sur ce Paris Nice. Mais Martinez n'était pas mal non plus. Tout comme Crosbie bien sûr.
L'équipe Agritubel a appris sa sélection pour le Tour. Apparemment, ce n'est pas une surprise...
Non pas vraiment car sur le plan sportif, on mérite notre sélection. D'autant que l'équipe est en progression à tous les niveaux, même sur le plan structurel.
Est-ce qu'on peut alors déjà dire que ce Paris-Nice t'a permis de marquer des points pour le Tour?
Oui, je pense. Je crois que j'ai pris une dimension supplémentaire sur ce Paris-Nice. Mes dirigeants connaissaient mon potentiel, ils me reprochaient juste de ne pas l'exploiter et de ne pas attaquer. Je pense que là, ils ont été servi et qu'ils ont vu mon changement d'état d'esprit.
C'est d'ailleurs essentiellement toi (et Nicolas Crosbie) qui a permis à l'équipe de faire parler d'elle. Avais-tu déjà eu autant de sollicitations médiatiques ?
Oui, lors de mon premier Paris-Roubaix. Et sur le Tour de France 2004, j'avais également été pas mal sollicité. Mais c'est vrai que ça faisait longtemps que cela n'était pas arrivé. Cela dit, je ne dois pas m'endormir sur mes lauriers. Il me faut maintenant confirmer et ne pas faire les mêmes erreurs que par le passé.
Quel est ton programme pour les jours et semaines à venir?
Je viens de faire une Coupe de France à Cholet où, après une journée dans le peloton, j'ai failli faire une place dans les vingt, au sprint. Mais un coureur m'a tassé dans les barrières. Et ce week-end, je dispute le Critérium international, une autre belle épreuve disputée sous forme de triptyque (une étape en ligne le samedi, une course de côtes le dimanche matin, et un contre la montre le dimanche après-midi). C'est dans les Ardennes et j'avoue que j'aimerais encore me distinguer.
Puis, je commencerais ensuite à penser à Paris-Roubaix…
Nous aurons l'occasion d'en reparler. Mais avant, dis-nous ce que tu as fais de tes maillots à pois…
J'en ai offert à mes amis et à mon club. Mais bien sûr, j'en ai gardé un pour moi…